Le carnaval des costumes

5 designers haïtiens sont soumis au test de nous éblouir durant les jours gras avec des costumes originaux. À chacun son thème et le devoir de nous livrer un message via le prisme de leurs œuvres.

Sous le thème « Pirate », Miko Guillaume devra habiller quatre rois et une reine pour le char allégorique du Nord-Est. Pour ceux qui oublient leur histoire, ce département a été le principal pied-à-terre des boucaniers et flibustiers en attendant la colonisation française de l’île entière. Pour ressusciter ces intrépides maîtres de la mer, le créateur utilise beaucoup de tissu de teinte rouge comme le vin et aussi le ton ocre et doré. Le blanc et le noir sont aussi dans la liste. Pour Miko Guillaume, qui fait pour la première fois l’expérience d’habiller des rois et reines de carnaval, il y a l’enthousiasme mais aussi le souci de se distinguer de par la finesse qu’il s’impose dans son travail.

Arnelle Laguerre célèbre le café de la Grand’Anse
Arnelle est une doyenne de la confection des costumes de carnaval. Sa première fois remonte à 2003. Cette année, la native de Jérémie entend rendre hommage aux caféiers qui ont embaumé les jardins de son innocence. Pour ce faire, elle entend confectionner des feuilles et des grains que devront porter quatre cueilleuses et un planteur. Les feuilles seront naturellement vertes. Quant aux grains, pour être fidèle à toute la palette de couleurs dont le café peut faire l’objet dans sa progression, Arnelle opte pour du vert, du jaune maïs, du rouge. Son message aux carnavaliers : « Une pensée spéciale pour la culture du café qui perd pied chez nous. »

Maëlle David pour réinventer la Citadelle
Le numéro un du Réseau des designers haïtiens, Maëlle David, a la lourde responsabilité de recréer des scènes de vie de la Citadelle. Pour ce faire, elle a révisé ses manuels d’histoire pour confectionner des vestes, des pantalons, des bottes à guets pour trois soldats. Maëlle veut nous rappeler que la fierté, le courage et la vaillance ont marqué les débuts de notre histoire de peuple, que Henri Christophe a été un roi-bâtisseur sans pareil et capable aujourd’hui de nous inspirer pour écrire encore de belles pages.

Le Marché en fer sur des roues grâce à Michel Chataigne
Le Marché Vallières, point focal des marchandes de toutes les régions d’Haïti, est l’allégorie pour laquelle opte Michel Chataigne pour représenter le département de l’Ouest logeant la capitale nationale. Point n’est besoin d’élaborer sur le kaléidoscope des couleurs qu’on peut s’imaginer pour un tel thème. Le créateur de mode souligne que les fibres naturelles et perlées sont les principaux matériels à la base des costumes. Durant les jours gras, il devra habiller six femmes en marchande et un homme en percepteur. Le designer souvent associé à l’extravagance avertit que beaucoup de fluo dans les pièces accrocheront les regards des carnavaliers. Michel veut que son char permette aux Haïtiens de comprendre l’importance des marchandes dans l’économie nationale et aussi dans la santé publique, puisque selon lui, sans leurs produits organiques, on serait bel et bien dans une plus grande catastrophe sanitaire.

Maguy Durcé : la reine des reines

« Dévoiler une sirène, ses  filles et ses deux servantes », voilà comment le cerveau de Mod’Ayiti compte exploiter le sujet «Reine des reines » qu’on lui attribue.  D’une rive à l’autre des sept océans, la légende de ce personnage hybride allant d’Ariel de Disney à la divinité du même nom du panthéon vaudou a toujours fasciné des foules. Maguy, connue pour son besoin constant de se surpasser, ne lésine pas en matière de détail pour donner chair tant à la majesté qu’au caractère de cet être. Elle va puiser dans une technique de la haute couture pour user de franges en lamelles pour donner des effets d’écailles et de brillance à la partie poisson de la sirène.La designer nous invite donc les trois jours gras à nous émerveiller en observant ses personnages.

Chancy Victorin Ticket Magazine

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